Virtuel ou matériel ?

Automne 1996, intéressé par Cubase, je reçois un prospectus publicitaire de leur nouvelle version révolutionnaire, le Cubase 3 VST. Sur ce document, Steinberg y vantent les bienfaits de leur invention : le Virtual Studio Technology. « Imaginez recevoir votre nouvelle unité de réverbération sur disquette » ajoutent-ils !

Un rêve auquel je n’ai cessé d’y croire, jusqu’en 2015. Mais revenons au début.

Fin des années 90, j’assiste à la démo de Reality de Seer System. Je suis bluffé, un synthétiseur virtuel, totalement inédit dans sa synthèse, sur un ordinateur Pentium 180. Et ça tourne !

Comme il faut un ordinateur dédié, rien que pour ça, alors que je peine à m’en offrir un, après ma config. Soundblaster AWE32 avec sa Yamaha DB50XG, ce sera un expandeur Yamaha MU90R et un Roland JV-1010. Mais tout au long, je n’avais cessé de rêver « Studio 100 % virtuel », de n’avoir qu’un ordinateur et un clavier maître.

Milieu des années 2000, je range mes deux expandeurs, car mon AMD Athlon XP 2600, fait tourner quelques beaux synthés et belles réverbes, j’y suis : je suis 100 % virtuel. Seul mon piano numérique avait tenu le coup un peu plus longtemps, avant d’être remplacé par un simple clavier maître sans la moindre sonorité embarquée.

Alors, comme tout le monde, de 2005 à 2015 j’achète de plus en plus d’instruments virtuels, jusqu’au jour où…

J’entame un nouveau projet aux sonorités « cheap » du genre Soundblaster Pro et autres bip-bîp, rien ne me convainc dans tous les instruments virtuels que je possède. C’est alors que me vint l’idée d’acquérir un vieux module FM Yamaha FB01 et là, contre toute attente, ça sonne terriblement bien. Au-delà des bip-bîp, il y a une dimension qui s’en dégage, quelque chose que je n’avais plus rencontré depuis des années. J’essaye de compléter l’équipement pas un Roland MT-32, mais le « retro gaming » passant par là, les prix grimpent et je me rabats sur un D-110, paraît-il, de technologie identique. C’est à nouveau pareil, au-delà des sons désuets, une sensation de sonorités pleines s’en dégage.

Tous ces vieux modules avaient un tonus et une musicalité qu’avec le virtuel, j’avais oubliée. Tous ces expandeurs sonnaient bien sans la moindre correction au mixage ; du son brut de fut directement à la sortie.

Je ressortis mon vieux JV-1010 et le retour aux sources à commencé.

De ce retour aux sources, j’ai tiré quelques conclusions que je vous partage.

NB : Déjà, j’ai pu reprendre tous mes vieux projets, juste en convertissant mes vieux fichiers aux nouvelles versions de STAN (Station Audio-Numérique). Cela n’était pas toujours possible avec le virtuel, car il m’arrivait souvent que des instruments logiciel ne soient plus développés ou que le coût de la mise à jour soit excessif.

Les deux mondes (virtuel et matériel) ont leurs avantages respectifs (qu’il faut souvent nuancer) que j’ai pu comparer :

Avantages du virtuel :

  • Le coût souvent plus avantageux (quoi qu’avec les mises à jour, on arrive parfois au prix du matériel).
  • Le fait de pouvoir exécuter plusieurs instances simultanées (donc d’avoir plusieurs modules).
  • Pas de problèmes de connexion (bruits parasites et faux contacts).
  • L’accès à des synthèse inédites en matériel.
  • L’encombrement réduit à zéro !
  • La possibilité de synthèses originales et inédites.
  • L’accès à des sonorités mythiques impayables (le matériel d’époque étant difficilement accessible et hors de prix), mais souvent approximatives.

Avantages du matériel :

  • Totalement indépendant de la STAN, donc plus pérenne.
  • Consommation moindre en ressources CPU et même parfois électrique (oui un ordinateur qui simule le matériel dépense parfois d’importantes ressources augmentant ainsi la consommation électrique).
  • Temps de chargement d’un projet, souvent bien plus rapide.
  • L’accès à des sonorités mythiques originales (pas des imitations)
  • Il est souvent plus facile et plus intuitif de tourner des boutons que d’user de nombreux clics de souris.
  • Des sonorités souvent plus consistantes que le virtuel.
  • Vous pouvez toujours revendre votre matériel

Les deux pouvant cohabiter…. On aurait tort de s’en priver.

Il est aussi des rumeurs persistantes que je voudrais dissiper :

Le matériel a des sonorités plus grasses et plus tonifiantes que le virtuel.

Ce n’est pas toujours vrai, certains instruments virtuels font ça très bien, aussi bien que le matériel.

Les instruments matériels sont inimitables en virtuel

Quand les fabricants du matériel se mettent à le faire en virtuel, c’est souvent bluffant. Mais souvent au prix d’une forte consommation de CPU. Le System-1 de Roland sonne de manière identique tant en matériel qu’en logiciel. Cela dit, pour avoir essayé de nombreuses versions dématérialisées par les concepteurs, c’est rarement un sans faute.

Le virtuel coûte moins cher.

Généralement oui, mais pas toujours. Si on suit le marché de l’occasion en matériel et les nombreuses mise à jour payantes de certains produits logiciel, il arrive parfois que le matériel devienne moins onéreux. Parfois, un produit logiciel n’est plus suivi et l’investissement peut devenir totalement caduque.

On ne peut pas synchroniser le matériel, aussi bien qu’un VSTi/AUi.

C’est souvent ce que pensent le maoistes qui ont tout de suite connu le virtuel. Pourtant, il suffit juste d’utiliser la synchro externe, souvent midi, faite pour ça.

Les instruments virtuels sonnent toujours mieux et sont plus réalistes que les claviers et expandeurs matériel.

Et non, le matériel évolue lui aussi. Un Yamaha MODX ou un Roland Integra 7 font aussi bien que de nombreux grands instruments logiciel.

Il y a un point souvent oublié et il dépend de nos différentes approches, c’est la créativité et là le matériel peut avoir un avantage. Ou pas !

Je m’explique :

Sur le matériel on est tactile, donc généralement ça nous vient plus intuitivement. Je suis plus enclin à créer des sonorités sur un vrai synthé que sur un Vsti/Aui.
Mais aussi, on a généralement moins de matériel, car c’est généralement plus coûteux, ce qui nous oblige à faire plus avec moins, donc être plus créatif.

Vous l’aurez compris, les deux mondes ont leurs avantages et peuvent aisément coexister dans la même production. Le plus intelligent est de les marier. Pourquoi ne pas débuter l’univers du matériel par des Korg Volca, par exemple, et découvrir une nouvelle approche.

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