Et pourquoi pas un D-110 ?

Les années 80 se terminaient et le règne du synthétiseur numérique ne faisait que commencer.

Elles ont débuté par la fin du de l’analogique, plutôt de la synthèse soustractive, écrasée par le célèbre Yamaha DX 7, passant par le Roland D-50, avant de céder la place au fameux Korg M1

Mais revenons au D-50 (voir sa déclinaison « rack », le D-550), lequel était, entre autre, le son de la bande originale « Le grand bleu » composée par Eric Sera et surtout le très célèbre pizzicato de « Orinoco flow » d’Enya.

Roland D-50 source Wikipédia

Il eut tant de succès, que Roland décida lui fabriquer un successeur le D-10 (en version clavier) et le D-110 (en version « expandeur »).

Avant cette époque, les synthétiseurs généraient le son à partir d’oscillateurs composés de transistors interagissant entre-eux pour former une forme d’onde que l’on filtrait et enveloppait par la suite. Pour le DX7, c’était des oscillateurs numériques qui s’inter-modulaient et que l’on arrangeait (algorithmes) pour obtenir le timbre souhaité.

Même si on connaissait déjà d’autres méthodes de génération de formes d’onde, dont celle de l’échantillonnage, cette dernière, bien que très fidèle, nécessitait une mémoire bien trop coûteuse à l’époque. De ce fait, le célèbre Fairlight de CMI était si onéreux, qu’il n’était réservé qu’aux artistes le plus fortunés. Il y avait bien le « melotron » d’un principe similaire, utilisant la bande magnétique analogique au lieu de la mémoire, mais trop capricieux et tout aussi inabordable !

Face aux coûts exorbitant de la mémoire, Roland utilisa, en 1987, l’astuce qu’ils nommaient « Linear Arithmetic Synthesis » ou L.A, pour Synthèse Linéaire Arithmétique, consistant à utiliser des petits bouts significatifs d’échantillons que l’on pouvait combiner à des oscillateurs numériques, tout en appliquant le même traitement d’enveloppe(s) et de filtre(s) soustractif que pour les machines analogiques. Une sorte de mix entre la synthèse d’hier et d’aujourd’hui, offrant le meilleur des deux mondes. En effet, ce qui semblait qualifier le plus un instrument, à l’époque, à l’exception du timbre et de l’enveloppe, c’étaient les transitoires, principalement lors de l’attaque. Trop difficile à synthétiser par les méthodes de l’époque, les échantillonner et les stocker pour les rejouer puis confier la tenue du timbre à une technologie plus classique semblait être la meilleure idée. Voilà pourquoi est née la synthèse L.A. !

Plus concrètement, un timbre peut se composer de deux paires de générateurs comportant chacune deux oscillateurs appelés « partials » offrant un signal PCM (échantilloné), carré ou triangle, que l’on moduler au travers d’un modulateur en anneau pouvant produire des harmoniques très riches, comme des sons de marteau ou de cloche. Le résultat était traité comme en synthèse soustractive par des filtres et des enveloppes relativement classiques

Les timbres pouvaient également être empilés offrant un large horizon de synthèse.

Cela veut dire que dans tout synthétiseur L.A. se cache un « analogique » de la moitié des années 80. C’est notamment le cas du D10/D110 (à ne pas confondre avec le U110, purement PCM).

Malheureusement, ce dernier est moins évolué que le D-50. Moins de paramètres, d’oscillateurs de modulation en basse fréquence (LFO), pas d’enveloppe pour les filtres, ….

Mais alors pourquoi parler du D-110 ?

Bien parce que cette machine produite à grande série se trouve à des tarifs excessivement bas, souvent autour de 100€, et pour ce prix là vous avez un synthétiseur pouvant aller jusqu’à 32 voies de polyphonie (32 notes simultanées si on veut).

Malheureusement, l’édition de ce module est très fastidieuse sans l’aide d’une interface dédiée. Pour palier à la console PG10, rendant la programmation du module plus humaine, je vous conseille vivement l’alternative gratuite Edisyn écrite en java (donc compatible Mac OSX, Windows, Linux et autres), rendant l’opération plus conviviale.

C’est un module que j’utilise beaucoup, tant il offre des sonorités typiques des années 80, mais aussi d’autres nappes ou sonorités assez évoluées.

Attention :

Les sonorités d’usine sont désuètes, il faut impérativement le charger avec d’autres banques ou avec des sons de vôtre cru. Là vous verrez tout ce que ce module peut donner. Tenez, écoutez-moi ça !

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